Accueil

Faut-il rappeler une fois encore, au risque de lasser ceux qui les connaissent, les origines de la tradition félibréenne et méridionale de Sceaux ? Oui, ne serait-ce qu’à l’intention des nouveaux arrivants qui se demandent bien ce que font, «dans le beau jardin à côté de l’église», ces onze bustes dont les quelques mots gravés sur leurs stèles sont bien trop sibyllins pour servir d’explication.

Si Sceaux est souvent considérée comme une sorte d’enclave méridionale en Île-de-France, c’est que notre ville connaît en effet une tradition peu commune, née de la découverte que Paul Arène et d’autres membres de la société amicaliste méridionale «La Cigale», y firent, en 1878, de la tombe de Florian *, fabuliste, romancier et auteur dramatique de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Originaire du Languedoc, Florian avait situé l’action de son roman pastoral Estelle sur les bords du Gardon et avait enrichi cet ouvrage en français d’une chanson en «languedocien». Au XIXe siècle, cela lui valait d’être considéré comme un précurseur de leur action par les tenants de la renaissance de la langue d’oc, au premier rang desquels figuraient les membres du Félibrige, mouvement littéraire fondé en 1854 par Frédéric Mistral et quelques amis, pour défendre et promouvoir la «langue du Sud» que le centralisme avait mise en péril.

C’est dans le souvenir de Florian que «Cigaliers» et «Félibres» ont instauré - et maintenu - avec l’appui du maire et de la municipalité, l’usage de tenir à Sceaux chaque année, à la fin du printemps ou au début de l’été, des festivités qui, à maintes reprises, ont été présidées par d’éminentes personnalités, comme Frédéric Mistral (par deux fois), le poète roumain Vasile Alecsandri, Émile Zola, Anatole France ou, plus près de nous, André Chamson, Hervé Bazin… C’est aussi dans ce cadre qu’ont été érigés au fil du temps les bustes évoqués plus haut, à la mémoire des Félibres les plus renommés. Dans le même esprit, se tiennent régulièrement, autour de la langue d’oc, des conférences ou des rencontres historiques et littéraires. Enfin, tous les sept ans, sont organisés des jeux floraux. Dans un registre plus populaire, la tradition a également donné naissance, il y a vingt-sept ans, à la Foire aux santons et crèches de Provence et, il y a douze ans, au Marché de Provence.

* Jean-Pierre de Claris de Florian est né en 1755 à Sauve (Gard) et mort en 1794 à Sceaux, où il passa une bonne partie de sa courte vie, à la cour du duc de Penthièvre.